Intervenez efficacement (2)

Intervention

Intervention

Rappelons les principes exposés dans l’article précédent :
En intervention, on peut 1°) Passer jusqu’à 17HL, 2°) Parler dès 9HL.
Pourquoi intervenir ? : 1°) trouver un contrat satisfaisant ; 2°) l’indication d’une bonne entame ; 3°) gêner l’adversaire. Les questions préalables sont : Faut-il intervenir ? Si oui, faudra-t-il un contre d’appel ou une intervention à la couleur ? Cette dernière a déjà été exposée, et nous parlerons donc surtout du contre d’appel et de l’intervention à SA.

Le contre d’appel, intervention très prisée des bridgeurs, devrait être nettement plus rare que l’intervention à la couleur, ne serait-ce que parce quand il est employé hors conditions, il peut s’avérer désastreux. Il faut être très rigoureux, car on oblige son partenaire, même s’il a 0 points, à parler. Il faut donc « supporter » n’importe quelle réponse sans saut du partenaire (qui possède alors 0 à 7HL). Rappelons que le contreur ne peut pas reparler sur la réponse faible de son partenaire le n°4 sans avoir 18H ou 19HL. Avec moins de 18H, aucune enchère ne peut sauver la situation si la réponse n’est pas celle souhaitée, puisque toute enchère nouvelle du contreur promettrait 18H et plus. En deçà, le n°4 devra toujours jouer le contrat décidé par sa propre réponse. Cette notion est essentielle et doit être un réflexe. Éventuellement,  reprenez les cours sur le contre d’appel : Contre d’appel (1), Contre d’appel (2). Comment se mettre à l’abri d’une mauvaise surprise ?

Pour contrer, il est indispensable d’avoir la valeur d’une ouverture, 12H ou 13HL. En dessous, ne contrez surtout pas, vous tromperiez votre partenaire sur la nature de votre main. Vous avez donc 12H ou plus, sans limite supérieure. Avec une main « faible » ou moyenne (12H à 15HL), il est absolument interdit d’avoir plus de 2 cartes dans la couleur de l’ouverture, 3 cartes sont « autorisées » avec 16 ou 17H. Il faut bien sûr 4 cartes dans l’autre majeure, et surtout un soutien minimum dans les mineures. En effet, que fera votre partenaire s’il ne possède pas la ou une des majeures que vous lui demandez ? Il annoncera évidemment une mineure. Un argument achèvera de vous convaincre : statistiquement, le partenaire a d’autant plus de chances de répondre dans une couleur que la vôtre est courte. Il ne faut donc pas de courte autre que la couleur d’ouverture ! Il convient donc que vous y possédiez au moins 3 cartes. Avec 12H, une seule distribution : 4-4-4-1 (singleton dans l’ouverture), éventuellement 4-4-3-2 (doubleton dans l’ouverture, les deux majeures 4èmes et la mineure 3ème). Avec 16-17H, il peut exister un tripleton dans l’ouverture, mais à condition que le risque en vaille la chandelle : 4 cartes dans l’autre majeure, ou 7 cartes en majeures sur ouverture mineure. A partir de 18H (ou 19HL), on contre dans tous les cas quelle que soit sa main (contre « toute distribution »), sauf peut-être avec une chicane dans une couleur autre que l’ouverture. Ainsi, lorsque vous intervenez à la couleur, votre partenaire sait que vous ne pouvez pas posséder plus de 18HL (voir le premier article : intervention de 9 à 18HL), puisqu’avec davantage, vous auriez contré avec n’importe quelle main.

Pour choisir la bonne intervention, repensez à tout ce qui précède, et surtout, sachez passer si votre main ne comporte pas les critères suffisants. Pour tempérer un peu cette rigidité, que je recommande pourtant, sachez que le contre d’une couleur mineure permet une tolérance dans la distribution :  3 cartes dans l’ouverture si les 2 majeures sont exactement 4èmes (si l’une d’elles est 5ème, ne contrez pas, annoncez-la). Le risque d’entendre une réponse dans l’autre mineure existe, mais « vaut le coup ». S’il y a, comme on l’entend toujours dire en club, « sept cartes en majeures », il est essentiel que l’autre mineure soit 4ème (donc 2 cartes au maximum dans l’ouverture). Sept cartes en majeure ne suffisent pas à elles seules ! Si le contreur a une main 4-3-3-3, elle doit aligner au moins 15H. En dessous, passez ! Voici une main avec laquelle il faut passer, sur l’ouverture d’1 : ♠A2 8643 RDV2 ♣ADV. Il y a bien pourtant ici 17H, avec lesquels vous parlerez peut-être plus tard. Sinon, cette main vous servira bien pour faire chuter le déclarant ! Pour le contre d’une couleur majeure, il est indispensable bien entendu de posséder 4 cartes dans l’autre majeure, mais les autres critères subsistent… Ce n’est qu’avec 16 ou 17H qu’on peut se permettre de contrer avec 3 cartes seulement dans l’autre majeure. Et dans ce cas, il faut 4 cartes dans les deux mineures (donc deux cartes dans l’ouverture).

Il reste deux interventions plus connues. Le contre d’appel « fort », à partir de 18H ou 19HL, qui remplace l’ancien « cue-bid fort », disparu du bridge moderne. Ce contre d’appel est illimité. Rappelons que si le partenaire fait une réponse négative (0 à 7HL) sans saut, on peut (et on doit) maintenant reparler. Cette nouvelle enchère, quelle qu’elle soit, même le soutien le plus faible,  indique toujours 19HL ou plus. Jusqu’à 18HL, le contreur aurait été obligé de passer. D’où l’importance des critères initiaux décrits tout au long de l’article. Ex. : 1♣-X-P-1♠-P-2♠. Ce 2♠ du contreur implique 19HLD au moins. Il n’est pas forcing. En fait, seul le cue-bid est maintenant forcing de manche. Les autres enchères sont non forcing et naturelles.

Que faire, en face d’une réponse négative (0 à 7HL) au contre, si le camp de l’ouvreur a reparlé ? Cela ne change rien. Jusqu’18HL, il faut commencer par un passe, indiquant un contre « faible » (12-17H), espérant que le partenaire qui a fait une réponse négative pourra tout de même « faire un effort ». En effet, avec 6 ou 7HL et une couleur 5ème, il pourrait maintenant reparler, ce qui traduira une réponse négative maximum. Vous voyez qu’éventuellement, avec votre main « forte dans la faiblesse », vous pourrez vous manifester plus tard.

L’intervention par 1SA : vous savez déjà qu’il faut 16 à 18H (et non 15-17), et un arrêt de bonne qualité. Cet arrêt sera d’autant plus sérieux que l’ouverture a été une majeure 5ème. Cette intervention, même avec ces critères, reste dangereuse, car elle ne repose sur aucune valeur distributionnelle. Il faut la faire tout de même, car une manche est possible. L’idéal serait de posséder une belle mineure 5ème source de levées. N’oubliez pas que l’intervention se faisant avec 1 point de plus que l’ouverture d’1SA normale, les réponses auront donc 1 point de moins.

Vous pouvez vous imprégner davantage de toutes ces notions en relisant les cours correspondants [voir Choix intervention (1)Choix intervention (2)] et surtout en mettant dès à présent en application ces notions essentielles.

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14 commentaires sur “Intervenez efficacement (2)

  1. Que dire en 4ème position après une ouverture de 1♣ avec ♠AVxx ♥RDV109 ♦ARx ♣V. J’ai dit 1♥ et mon partenaire passe avec 5 petits ♠, 1 petit ♥, 4 petits ♦ et ♣R 3ème. Aurais-je du contrer ?

    • Bonsoir,
      Ne s’agit-il pas d’une opportunité de contrer (« toute distribution ») puis d’annoncer ♥ quand la parole reviendra ? Signé : un semi-novice…
      Attendons le commentaire du maître !

        • Bonsoir !
          Si on reprend la séquence 1♣-P-P-X-P-1♠ (dernière enchère : mon partenaire, je suis le contreur en réveil), j’ai donc compris que mon partenaire a 4 cartes à ♠. Avec mes propres 4 cartes à ♠ (♠AVxx), je suis donc d’accord pour jouer à l’atout ♠, et je reparle (« 2♠ ») pour lui dire : 1°) que j’ai produit un Contre avec 18H+(je reparle), 2°) que j’ai 4 cartes à ♠ en plus de mes 5 ♥.
          Qu’en penses-tu ?

          • Cher ami bridgeur,
            La réponse que vous donnez à Guilloteau me paraît bien incomplète, et pour partie erronée. 1°) En réponse à un contre de réveil, 1♠ promet en effet a priori 4 ou 5 cartes, mais peut se dire parfois avec 3 cartes (exemple : ♠DV4 ♥43 ♦964 ♣95432, quoi d’autre ?) : méfiez-vous donc. D’autre part, les interventions par contre en réveil se font avec 4 points de moins que pour les contres directs (c’est pourquoi les réponses doivent se faire avec 4 points de plus…). Reparler promet donc seulement une belle ouverture (14HL et plus) et non 18HL. Relisez bien les cours (et l’article) sur le réveil, qui donne lieu à tant de pataquès.
            Bien cordialement,
            Olivier CHAILLEY

        • Avec 19-20 points HL, la redemande de 2♥ ou 3♥ n’indique pas du tout 18HL, le soutien à ♠ non plus (comme vous le suggère Roger : il confond, lui aussi, intervention directe et réveil). Cela ne promet que 14HL et plus. Si vous ne voulez pas risquer un Passe et voulez indiquer un jeu très fort, la seule enchère est un cue-bid après contre. Donc ici 2♣. Vous ferez maintenant suivre la réponse obligatoire du partenaire de votre couleur à ♥, ou bien de votre fit ♠ s’il a parlé de ♠ au premier ou au second tour. Attention, Roger, à ne pas diffuser des informations erronées…
          Bien cordialement,
          Olivier CHAILLEY

      • Cher ami bridgeur,
        Vous avez bien répondu à Guilloteau, sauf qu’il ne s’agit pas d’une opportunité : Le Contre est OBLIGATOIRE (pas d’autre enchère possible). Voir ma réponse à ce sujet.
        Bien cordialement,
        Olivier CHAILLEY

    • En 4ème position, vous êtes en réveil. Je vous invite à lire (relire ?) les cours correspondants (Les Réveils (1), Les Réveils (2)) et l’article Réflexions sur le réveil. Vous avez fait en effet une grosse erreur avec 20 points HL. A retenir pour toute votre vie : « Les réveils par une couleur dénient la valeur d’une ouverture convenable et sont donc limités à 13 points HL » (SEF 2012, page 70). Votre partenaire a donc bien fait de passer ! Dans votre cas, la seule enchère possible était un Contre.
      Bien cordialement,
      Olivier CHAILLEY

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