Le laisser-passer

Laisser passerLe laisser-passer est un coup si fréquent au bridge qu’il est très certainement utile de revenir sur cette manœuvre simple, mais quelquefois mal comprise et surtout utilisée sans véritable objectif. Georges Versini, dans son excellent Dictionnaire du Bridge, Presses Universitaires de France, 1968, dit qu’il s’agit « d’une façon de jouer qui consiste à ne pas prendre une carte de l’adversaire et à lui laisser ainsi faire la levée. Le laisser-passer est d’un emploi extrêmement fréquent dans le jeu avec le mort comme dans le jeu de flanc. [Son] but [est] de couper ou […] de rendre plus difficiles les communications entre les mains adverses. C’est [donc] un jeu de destruction de rentrées ». Lire la suite

Réflexions sur le réveil

Natoire Réveil de Vénus

Charles-Joseph Natoire (1700-1777), Le Réveil de Vénus (1741)

Une longue expérience des clubs et notamment des matchs par paires montre que la notion de réveil est extrêmement mal appréhendée. Le réveil est pourtant une des situations les plus importantes à connaître, et aussi très souvent des plus confortables. La définition même du réveil est parfois incomprise. Le joueur n°4 qui doit prendre la décision, après trois « passe », d’ouvrir ou non n’est pas à proprement parler en réveil. Il doit simplement décider de jouer ou de remettre les cartes dans l’étui. Par parenthèse, si cela se produit dans un tournoi à la première table, il est rigoureusement interdit de redonner sous prétexte, par exemple, qu’« on est là pour jouer ». En effet, les critères d’ouverture ne sont pas les mêmes pour tout le monde… Lire la suite

Contre : appel ou punitif ? (1)

Contre au football

Au football aussi, le contre est payant

« Contre », abrégé de « je contre », est, dans la règle du bridge, une enchère punitive qui double les points et les levées d’un contrat réussi, et qui sanctionne sévèrement les contrats chutés. Cependant, depuis longtemps, on s’est rendu compte que contrer ne servait à rien dans de très multiples circonstances, par exemple directement derrière une ouverture. On a donc « récupéré » ces contres pour en faire des conventions. Lire la suite

Sachez entamer (2)

Le melon entamé

Le melon entamé (1760), Jean-Baptiste Siméon Chardin (1699-1779)

Dans le premier volet de ces articles, nous avons insisté sur le fait qu’une bonne entame ne dépend que de deux facteurs : l’écoute soigneuse des enchères, et les probabilités. Et une main était présentée, pour laquelle 4 séquences d’enchères variées entraînaient 4 entames différentes. Ne revenons pas là -dessus, non plus que sur tous les principes d’entame que vous trouverez aisément dans les cours du présent site (L’Entame à la couleuretc.), et dans d’excellents livres comme ceux de Claude Delmouly, « Les entames », Éditions du Bridgeur, ou Hugh Kelsey & John Matheson, « Improve your opening leads », Master Bridge Series, 1982. Les principes sont maintenant bien codifiés. Contentons-nous, à la couleur comme je l’ai fait précédemment à SA, d’insister sur des points mal compris et des fautes souvent constatées à la table. Nous parlerons aujourd’hui exclusivement des jeux à la couleur. Lire la suite

Sachez entamer (1)

Van Gogh autoportrait oreille bandée

Vincent Van Gogh (1853-1890), Autoportrait à l’oreille bandée, 1889. Une mauvaise entame…

Il ne s’agit pas de donner ici des recettes d’entames, car il n’en existe évidemment pas. Les grands principes de l’entame peuvent être trouvés dans les cours du présent site, ainsi que dans d’excellents livres que je ne peux que vous recommander, disponibles à la librairie du Bridgeur. J’ai un faible pour les ouvrages de Michel Bessis, édités par « le Bridgeur », intitulés Le Flanc Gagnant, tomes 1 (2002) et 2 (2007). Le but du présent article est plutôt de tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues, et aussi d’insister sur quelques raisonnements insuffisamment connus. Les bons « entameurs » sont très rares dans les clubs, assez rares en tout cas pour que je vous conseille d’être vraiment méfiant si l’on se permet une critique de votre entame. « Une entame est une entame », et si elle tombe mal – c’est souvent le cas –, tant pis. Une bonne entame ne dépend que de deux facteurs : l’écoute soigneuse des enchères, et les probabilités. Lire la suite

Le SEF, rien que le SEF !

En octobre 2006, le mensuel  le Bridgeur n°799 publiait un long article double, dans sa rubrique « Polémiques », dont la question était : faut-il changer le système français (SEF = Système d’Enseignement Français) ? Deux grands joueurs de 1ère série nationale, champions internationaux, François-Michel Sargos et Thomas Bessis étaient invités à défendre deux points de vues différents : oui (F.-M. Sargos) et non (Th. Bessis). Le sujet était posé car la France, qui était une grande nation bridgeuse notamment depuis Pierre Albarran (1893-1960) et jusque dans les années 1995, affichait des résultats de moins en moins bons au plan international. En effet, à ce niveau, il faut savoir que la philosophie même du bridge de compétition a changé, les adversaires (polonais, par exemple) jouant des systèmes d’enchères très agressifs, voir destructeurs. Il s’agit plus de déstabiliser les adversaires que d’être précis dans ses propres enchères.
Le corollaire est que l’on entend de plus en plus, dans les clubs, des joueurs qui critiquent le système français, ou bien désirent introduire des nouveautés plus ou moins personnelles, ou glanées ici ou là sans véritable approfondissement. Lire la suite

Forcing ou non forcing (1)

Contraintes

Contraintes : forcing ou non forcing ?

Le terme forcing (en français : impératif) est celui qui a prévalu dans le vocabulaire du bridge en France. La notion même a été inventée par l’immense bridgeur qu’était Ely Culbertson (1891-1955) dans les années 1930, et publiée dans son livre Le bridge moderne (Blue book), Albin Michel, 1933, sous le nom d’« approach forcing ». Lire la suite

Un peu de statistiques (1)

Il ne sera pas question ici, naturellement, de faire des calculs compliqués, ni même d’aborder le moins du monde cette branche – pourtant passionnante – des mathématiques. Mon approche de cette question sera plutôt du domaine de la philosophie du bridge. Quelques principes simples qui ne demandent ni vraie réflexion ni mémoire peuvent être d’une aide considérable du simple fait qu’ils sont énoncés, entraînant, pour ceux qui n’y auraient pas réfléchi jusque-là, une nouvelle prise de conscience. La compréhension des « problématiques posées », comme on dit aujourd’hui, permet de se débarrasser de tous les problèmes de mémoire qui pourraient encombrer le cerveau du bridgeur moyen. Je confirme ce que j’ai bien souvent proclamé : le bridge ne s’apprend pas, il se comprend. Et notamment, par le biais de quelques (vagues) notions statistiques.

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Montez en 3ème (2)

ou plutôt : “Quand ne pas monter en troisième”

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Monter en/au troisième ?

Un récent article vous a convaincu qu’il fallait le plus souvent prendre ou forcer en 3ème avec sa plus forte carte (ou en cas de cartes équivalentes, avec la plus petite de celles-ci). Cette manière de faire pourrait (devrait ?) devenir un réflexe. Mais malheureusement, au bridge, peu de réflexes marchent à tous les coups. Les réflexions du genre « je n’ai pas pris parce qu’on ne monte pas en second », ou bien « j’ai pris parce que j’étais en 3ème » n’ont pas une pertinence constante. La seule façon de penser est : « Que dois-je faire dans ce cas précis ? ». Lire la suite

Montez en 3ème (1)

LaVoieNormale

La Voie Normale (Mont Blanc)
Montez en troisième

Un précédent article (« Ne montez pas en second ! », publié le 29 janvier 2013) insistait lourdement sur la seconde carte de la levée. La troisième carte, qui est probablement la plus importante, mérite encore un plus long développement, tant il convient d’y réfléchir à chaque pli ! Lire la suite